Jutyar, l’intégration par le théâtre et la danse

Article du 24 Heures du 22.06.2016

Article du 24 Heures du 22.06.2016. Capture d’écran (19.08.2016).

Jutyar Ali, un jeune réfugié du Kurdistan irakien, a réussi le tour de force de proposer une performance théâtrale en solo au Festival des arts vivants (FAR), représentant son exil, aussi bien géographique qu’intérieur, alors qu’il est encore dans la situation précaire et angoissante du requérant d’asile, susceptible d’être renvoyé à n’importe quel moment. Ce fut à la fois émouvant et, en même temps, très optimiste. En effet, qu’il ait pu endurer le stress lié au trac de la performance en public, s’ajoutant à celui lié à son statut, démontre une belle solidité psychologique. Combien d’entre nous serait capable d’une telle résilience? Je doute que nous soyons nombreux!

Qu’il ait accepté de participer à une initiative artistique assez typique de ce qui se fait dans le théâtre contemporain actuel, dont le FAR est un digne représentant régional, prouve qu’il est déjà bien engagé sur la voie de l’intégration aussi bien sociale que culturelle. Et cela, dans le sens littéral du terme, à savoir faire corps avec notre société et en y apportant ce qu’il a de plus positif de son propre bagage de vie. Mais tout cela n’est possible que parce que certains lui ont ouvert leur porte et les bras. C’est notamment le cas de la famille qui l’héberge actuellement et à laquelle il a rendu un très joli hommage durant son spectacle. Comme on le constate une fois de plus, l’intégration est un processus mutuel, qui implique que l’immigré et le pays d’accueil fassent chacun des pas l’un vers l’autre.

J’ai assisté à la séance du jeudi soir 11 août et j’avoue avoir été très impressionnée par sa présence et sa capacité à nous transmettre un message à la fois plein de nostalgie et d’espoir. C’est aussi un très bon musicien et danseur. Ceux qui étaient restés à la buvette du FAR après le spectacle ont eu droit à de jolies démonstrations supplémentaires sur de la musique kurde et techno!

Ma mère, qui avait assisté à la performance de la veille avait d’ailleurs noté avec amusement qu’il écrit dans sa langue avec la main droite et dans la nôtre, avec la main gauche! Vous le verrez aussi dans la première vidéo (celle de la RTS)! Tout cela pour dire que Jutyar a ainsi démontré une sacrée solidité et résilience, mais aussi une incroyable capacité d’adaptation, jusqu’à devenir presque ambidextre. A mon avis, il n’aura pas trop de mal à se faire à la vie en Suisse, pour peu qu’on lui en donne l’occasion sans trop lui mettre de batons dans les roues!

Cette prouesse a aussi été remarquée par la presse locale et régionale! C’est ainsi que La Côte l’a même mis en première page, tandis que la Tribune de Genève et le 24 Heures lui consacraient chacun une page entière à l’intérieur de leurs éditions! Par ailleurs, le 24 Heures avait déjà annoncé la performance de Jutyar dans le cadre du FAR en juin dernier, alors qu’il était encore en pleine préparation.

La Côte, la Tribune de Genève et le 24 Heures ont très joliment couvert le spectacle de Jutiyar, rendant hommage à son talent et à son courage.

La Côte, la Tribune de Genève et le 24 Heures ont très joliment couvert le spectacle de Jutyar, rendant hommage à son talent et à son courage (cliquez sur la photo pour l’élargir).

Est-ce le début d’une nouvelle carrière artistique, sur la base de la pratique qu’il avait déjà depuis des années dans son pays d’origine? Peut-être! A son âge, on peut encore imaginer beaucoup de futurs différents! Surtout quand on a déjà risqué sa vie pour atteindre un but et affronté autant de difficultés! Cela dit, cette expérience nous montre une des multiples voies à explorer pour aider les requérants d’asile à se construire une nouvelle vie dans notre pays, une vie qui aie du sens et qui leur apporte la satisfaction de contribuer de manière positive et constructive à notre société. Le FAR a d’ailleurs l’intention de poursuivre ses démarches d’ouverture envers eux en lançant  « Actions », au cours d’une performance théâtrale collective (impliquant aussi les spectateurs) qui devra déboucher sur la naissance d’une nouvelle association d’aide à ces personnes.

On nous dit souvent que nous n’avons pas les moyens d’accueillir toute la misère du monde. Alors, outre que toute la misère du monde (au bas mot, près de 5 milliards de personnes) est loin de se presser à nos portes, il se trouve que si les citoyens se mobilisent comme le font les organisateurs du FAR et des groupes locaux, alors, nous devrions être en mesure d’offrir un accueil digne de ce nom à ces réfugiés. De plus, offrir un bon encadrement à ces populations fragiles, c’est leur permettre de reprendre pied plus rapidement et de devenir des membres autonomes de nos sociétés, capables de contribuer au bien-être social, culturel et naturellement économique de nos collectivités. A ce titre, la mobilisation citoyenne est essentielle, car elle facilite grandement l’intégration des individus dans les tissus sociaux existants. L’expérience de Jutyar le démontre amplement, et il n’est pas le seul. De loin pas. Mais, dans son cas, c’est assez spectaculaire. Dans tous les sens du terme.

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